L' "envie" de l'enfant.
LAST_UPDATED2 Ecrit par Benoit Van Dieren Vendredi, 06 Février 2009 07:22
Retrouvez cet article sur le nouveau site: www.separation-parentale.eu
L' « ENVIE » DE L'ENFANT
Au regard de la responsabilité-autorité parentale.
Le principe de co-parentalité – Hébergement égalitaire
Dans notre pays (et beaucoup d'autres pays occidentaux ), à l'époque actuelle, un très large consensus est acquis, en termes de normes et de lois , sur le terrain sociologique, psychologique et juridique autour de la notion de co-parentalité.
Un anthropologue pourrait considérer que cette « normalité » de la co-parentalité est toute relative, forgée par une histoire et culture particulière qui est la nôtre . Ma réflexion se situe à l'intérieur de notre culture et des quelques rares valeurs reconnues régissant les liens entre individus , en particulier au sein des familles.
Si la pression sociale et morale qui poussait par le mariage les partenaires d'un couple à cohabiter se relâche considérablement,,il rete un principe très largement partagé selon lequel un couple qui décide ou accepte de donner naissance à un enfant s'engage à exercer sa responsabilité de parent tant que l'enfant est dépendant d'eux.
Le consensus autour de l'égalité des sexes ( au moins sur le principe, si pas encore à 100% dans les faits) a assez naturellement petit à petit entraîné le principe de l'égalité parentale, au moins a titre d'idéal à viser. Cette égalité ne signifie pas identité des rôles mais égalité de principe dans l'exercice des responsabilités vis à vis des enfants.
En cas de séparation parentale, la société et la Justice considère que ce principe de partage des responsabilités et le maintien des liens de l'enfant avec chaque parent doit survivre à la séparation.
Récemment, un « principe » ou une norme supplémentaire s'est fait jour : non seulement chaque parent est invité à continuer à maintenir le lien et exercer sa responsabilité de parent, mais , dans l'intérêt de l'enfant, est invité à soutenir le rôle de parent de l'autre, ou,à tout le moins, à ne rien faire pour entraver cette relation ni dénigrer l'image de parent de l'autre.
Ce dernier point est difficile à concrétiser dans les faits pour un grand nombre d'adultes qui se sont séparés dans un climat très conflictuel. Ces enfants sont souvent instrumentalisés et pris dans un conflit de loyauté très pénible. Mais au regard de l'intérêt de l'enfant ce dernier principe est largement reconnu comme un idéal à atteindre, au moins en théorie.
Hebergement égalitaire
Très récemment en Belgique, le législateur a remis l'accent sur la notion d'autorité parentale conjointe et a voulu concrétiser cette volonté de favoriser l'égalité parentale en instaurant l'hébergement égalitaire non pas comme la norme absolue, mais comme la forme d'hébergement à privilégier,si elle n'entraîne pas de conséquences clairement dommageables pour les enfants.
La prévalence de ce mode d'hébergement ne fait pas l'unanimité parmi les professionnels de la justice ni chez les psy concernés.
Je pense personnellement que ce type d'hébergement doit être appliqué avec discernement mais que le fait qu'il soit considéré comme souhaitable consacre dans les faits le principe souvent très théorique et peu respecté de la co-parentalité ou de l'autorité parentale conjointe.
LA MEDIATION FAMLIALE
Depuis plusieurs années, le législateur privilégie le recours à la médiation familiale chaque fois quelle est possible. Les juges sont invités inciter fortement les parents à y avoir recours .
Tout ceci montre que la législation en matière familiale évolue clairement vers la prévalence des méthodes qui privilégient la collaboration parentale plutôt que la classique logique de confrontation.
Elle privilégie parallèlement , via notamment des organismes tels que le SAJ, le SPJ, SOS-enfants, les centres de planning familial..tout ce qui peut contribuer au maintien du lien de l'enfant avec ses deux parents.
LES AVOCATS
Très récemment l'Ordre des avocats de Bruxelles a organisé une formation pour avocats collaboratifs , qui forme les avocats volontaires à exercer leur art dans le sens de l'encouragement à la collaboration parentale plutôt que dans le sens de la confrontation.
LES JUGES
De plus en plus de juges encouragent clairement la collaboration parentale, mais deviennent dans le même temps conscients des dangers de dérive de cette tendance à la recherche de consensus à tout prix, en particulier quand il perçoit des indices clairs de risque de perte du lien parental des enfants avec un des deux parents.
En effet, lorsque les indices de ce risque apparaissent clairement, quelques rares juges prennent conscience que DANS CES CAS-LA, une attitude normative et éventuellement contraignante s'impose tout en laissant ses chances à un processus « collaboratif ». de se développer.
LES ENVIES ET LE POUVOIR DE L'ENFANT
Un des écueils majeurs que les intervenants rencontrent et qui fait (souvent sournoisement ) obstacle aux tentatives de collaboration parentale , c'est d'une part l'utilisation abusive des procédures et démarches ( y compris de la médiation familiale) pour gagner du temps et laisser « cimenter » le processus d'éloignement , voire de rejet des enfants vis à vis de l' »autre » parent,
et deuxièmement la fréquente mise en avant de la « volonté », de l'opinion et de l'envie des enfants de mettre à l'écart le parent éloigné, au nom du « principe » souvent accepté comme une évidence qu'on ne peut pas obliger un enfant à rester en relation avec un parent si celui-là n'en n'a pas « envie ». Les enfants-roi, en cas de séparation conflictuelle des parents deviennent souvent des « enfants-juges », statut qui ne va certainement pas dans le sens de leur « intérêt » bien compris.
Le fait qu'à l'âge de 12 ans les enfants peuvent être ENTENDUS par un Juge de la Jeunesse est très souvent compris comme le pouvoir donné à l'enfant d'écarter un parent de sa vie s'il en a envie!!
Forts de cette croyance encore largement répandue, certains parents manipulent activement les enfants en les captant sous leur emprise tout en dénigrant ou diabolisant l'autre parent (on parle alors d'aliénation parentale sévère).
Dans d'autres cas, le parent proche capte l'enfant, ne dénigre pas l'autre parent de manière flagrante mais « surfe sur la vague » des petites frustrations et mécontentement des enfants à l'encontre de l'autre parent en appuyant les reproches de l'enfant dans le but explicite de « protéger » les enfants contre les défaillances amplifiées ou inventées de l'autre parent .
Lorsqu'un tel processus est en route, on ne peut pas encore parler d'aliénation parentale, mais on peut au moins diagnostiquer un sérieux risque ( à moyen ou court terme) de perte du lien parental, voire d'aliénation parentale.
LE RÔLE DES INTERVENANTS
Dans ce cas de figure le rôle des intervenants ( judiciaires, parajudiciaires, psy, avocats collaboratifs) devrait consister à convaincre par tous les moyens possibles (sinon à contraindre) le parent proche qu'il est de son devoir d'utiliser son pouvoir d'influence ou son autorité sur les enfants pour faire en sorte que les enfants maintiennent le lien avec l'autre parent.
Ce « devoir » devrait d'autant plus s'imposer si ce parent bénéficie d'un temps d'hébergement nettement supérieur à l'autre parent. Cette proximité et temps plus important passé avec les enfants lui donnent un pouvoir d'influence plus grand que l'autre sur les enfants.
Pour compenser ce déséquilibre (dans l'optique du principe d'égalité parentale) ce parent « proche » selon moi devrait avoir le devoir d'utiliser son pouvoir d'influence auprès des enfants pour les encourager à garder le meilleur lien possible avec l'autre parent (ceci bien entendu dans les cas où les enfants ne courent aucun risque significatif chez l'autre parent ).
Malheureusement seule une minorité d'intervenants sont pleinement conscients de ces dérives possibles graves, et comptent naïvement sur leur pouvoir de raisonnement et d'empathie dans l'espoir de trouver des solutions qui ne lèsent personne .
De plus le manque de consensus entre les intervenants concernant l'existence même de ces risques graves laisse la porte ouverte à l'enlisement (et finalement l'enterrement) de ces situations qui étaient au départ récupérables.
ILLUSTRATION DE CES DERIVES PAR UN CAS VECU (anonyme mais bien réel)
Lettre ouverte au législateur.
Depuis plus de deux ans, je m’adresse à la justice familiale, à l’autorité de la loi pour que soit respectés les droits fondamentaux de mon fils avec lequel je suis en rupture totale depuis 17 mois maintenant : droit d’avoir un traitement médical adapté à ses besoins, droit de voir sa maman dans des conditions acceptables de vie, droit à une scolarisation normale et à un respect de l’école et de ses enseignements, droit de recevoir et d’être assuré de l’amour de sa maman, droit, enfin, d’être confronté à des limites et de quitter une surpuissance dévastatrice qui le rend malheureux et en décalage complet face à l’école et l’autorité quelle qu’elle soit.
J’ai vu et vécu cette justice, avec d’autres parents, qui a permis à des enfants très jeunes non seulement le choix du parent avec lequel ils veulent vivre mais la décision d’accepter ou non, finalement et par effet pervers de prises de position trop molles ou de modalités exécutoires de jugement lentes et inappropriées, l’exécution des décisions judiciaires.
Un garçon de 13 ans, a refusé (sans aucune raison objective) d’aller avec sa mère dans le cadre de son droit de visite. Un garçon de treize ans a frappé, mordu sa mère, a essayé de mettre le feu et a détérioré l’appartement de sa mère jusqu’à ce qu’elle, désespérée et sur les conseils du psychiatre, appelle la police alors qu’elle ne parvenait plus à le maîtriser. Aux policiers impuissants et révoltés, l’enfant a déclaré : « je fais ce que je veux » et son père, exultant de satisfaction d’avoir manipulé son enfant avec succès, renchérissait : « bien sûr qu’il doit aller chez sa mère, mais je ne peux tout de même pas l’obliger à faire ce qu’il ne veut pas. Qu’est ce qu’elle lui a encore fait ? ! ». Et pourtant si ce même enfant décidait de ne plus aller à l’école, ce même père serait convoqué par les services sociaux, et accusé de négligence éducative !
Il y a dans ce garçon de 13 ans, un enfant conforté dans sa toute puissance face à des adultes, qui, sur le conseil toxique de son parent, a bafoué en toute impunité l’autorité parentale de sa mère. Ces enfants soutenus par un parent qui les manipule, prennent conscience très vite que leur seule parole peut les placer au-dessus de la loi des adultes et des institutions.
Cet enfant a 15 ans maintenant et est en échec scolaire dans sa cinquième école depuis deux ans !! Un symptôme insuffisant pour que des mesures soient prises ?
J’ai prévenu la justice, j’ai alerté, une expertise a même été ordonnée sans grands résultats et pourtant toutes les craintes quant à un phénomène de rupture parentale se sont confirmées dans les années qui ont suivi.
Mais combien de parents ne portent pas plainte, soit par peur, soit par faiblesse (ces situations rongent et dépriment durablement un parent tout à fait sain auparavant) soit par découragement face un parcours judiciaire exténuant dans lequel « les affaires de familles » sont généralement soit classées sans suite, soit renvoyées vers d’interminables et inutiles médiations, faute de faire appliquer le droit ?
Si l’on applique à cette délinquance parentale le calcul utilisé en matière de violence familiale
- selon lequel à peine une victime sur dix arrive à déposer une plainte – c’est un phénomène extrêmement répandu dans notre société qui accepte qu’un enfant soit privé de l’amour, de la culture et de l’éducation d’un de ses parents.
N’est-il pas nécessaire de prendre enfin ce problème de rupture parentale en amont et
de sanctionner les parents qui incitent leurs enfants à la première et la pire des délinquances,
qui est celle du non respect de sa propre famille ? Qu’avez-vous prévu pour ces parents qui se
moquent de l’autorité parentale de leur ex-conjoint et des droits des grands parents, tels qu’ils
sont inscrits dans la loi, et qui refusent en toute impunité de reconnaître les droits
fondamentaux de leurs enfants à la communication et aux relations personnelles ?
Faudra-t-il que ces familles, quand elles ne sont pas ruinées ou psychologiquement détruites
par la spirale judiciaire, aillent réclamer le respect de leurs droits au titre de l’article 8 à la
Cour Européenne des Droits de l’Homme ? Quand bien même s’y attelleraient-elles toutes, quand bien même la Belgique serait-elle condamnée, ceci ne résoudrait en rien l’assurance de toute puissance et d’impunité des jeunes qui vont continuer à faire régner la terreur dans leurs familles pour calmer la peur intérieure qui les rongent, celle d’être abandonnés un jour et pour toujours par le parent qu’ils savent inconsciemment être inadéquat et par l’autre parent qu’ils savent, probablement plus consciemment d’ailleurs, avoir injustement repoussé.
D’autres vont se placer en marge de la société en prenant le chemin de la délinquance, de l’inadéquation sociale dans leurs rapports humains, de la fugue, des drogues, de l’échec scolaire ou d’autres comportements à risques.
Pense-t-on aux autres enfants de la fratrie qui vivent des situations familiales anormales et à l’énergie qu’ils doivent développer au détriment de leur développement affectif et psycho social pour résister à l’influence négative des comportements du parent qui éloigne l’autre et de l’enfant éloigné qui essaie de justifier sa position en les ralliant à sa cause ? Reconnaître que ces jeunes sont en danger, victimes de négligence éducative, nous oblige à poser la question de la responsabilité de l’Etat en tant que législateur conscient et défaillant, si les autorités publiques n’arrivent pas à exercer leur rôle dans la prévention des risques en matière de protection des enfants.
Il est temps d’alerter avec vigueur sur ces situations qui sont devenues un véritable problème de société par leur nombre en constante augmentation, et de demander de prendre les mesures nécessaires, afin que nos enfants puissent être élevés par leurs parents dans le respect d’autrui, des institutions et des lois qui nous permettent de coexister en toute sérénité.
Cette délinquance parentale doit être traitée comme telle, recadrer les limites plus que floues est indispensable pour la santé mentale de milliers d’enfants qui vivent ces situations inacceptables.


